Mes yeux clignent de nouveau et je revois ce que je suis, devenue, en devenir. Chantonne, questionne, me glisse-t-il.
Je les referme et revois un visage qui a longtemps plané après mes doutes. D’une période où je montais mes barricades pour mieux les fracasser. Ses yeux me figent et ses détails atténuent ma voix un brin sur la défensive. Un détail, un creux dans le sourire, une douceur dans la voix. Sensation singulière, mon front est apaisé. Ceux qui me côtoient ne me connaissent pas, pourquoi pas lui? Lui laisser entreouvrir une porte. Oublier les petites contrariétés et mes tremblements. Avancer sans compromis mais avec ma pudeur, aller au devant des baisers nocturnes et des morsures de l’aube. Ce visage a devant lui une femme aux lignes fuyantes. Des expériences embrasées, mes contours ont perdu des pellicules de rêve, où la lucidité n’a de cesse arrêté de les redessiner comme une couche de mascara trop gras. Des expériences embrassées, la révolte m’a gagnée dans une lutte non armée où le silence n’existe qu’en dehors des bruits des corps froissés. Etre désirable et désirée…
La solitude me guette comme une proie, tandis que l’attente s’impatiente de me gagner lorsque je le vois s’eloigner. Un feu où je vois rouge, signant un temps mort dans une bataille au corps à coeur, harrassante, brûlante, entêtante.. Il aime tout ce qui est au bord de mon fracas, il est à cheval sur mes peurs et entretient mes rêves comme des étoffes. Il parvient à conjuger ces moments où je me perds dans d’étranges fréquences, là où les heures n’ont pas de noms. Il me laisse seule lutter contre mes démons… Que demander de plus? Ces symptômes me conviennent à point.