Maman lui disait souvent : “Regardes-toi en face et racontes-moi”. Alors L. a ouvert un oeil, pour voir, et y a vu un coeur confiture. Le genre rouge, sucré mais qui dégouline quand on le déchire, qui marque à même le sol l’itinéraire d’un fruit blessé.
“Regardes-toi en face et racontes-moi.” L. voit une jeune femme raisonnablement timide, qui se prend les pieds dans le tapis en arrivant chez les autres. S’il n’y a pas de tapis, elle écrase le chat. Elle voit quelqu’un qui a compris comment fonctionne un dessin animé, qui fuit la raison - comprenez la réalité calibrée - et qui garde aux coins des lèvres l’éternel désir de vivre une complicité imputrescible, le seul cadeau de Noël qui illumine encore ses rêves une fois passés les bisous au Nutella, les créneaux torrides, la reconstruction par l’autohypnose et le scanner des crétins totalitaires.Au fond, L. va très bien et se dépêche alors de finir de se poudrer le nez avant d’enfiler son trois quart et ses Repetto dorés car la jeune femme est attendue. Gare aux chats…